Mine de rien on commence à tomber en hiver... Changement d'heure oblige, on se sent vité écrasé par le soir, qui rampe dans le ciel de plus en plus tôt. Je m'en suis rendu compte aujourd'hui, alors que je me baladais sur l'avenue (le coeur ouvert à l'inconnu, malgré ma tête de fille renfrognée). Je m'étais infligée une heure de transport exprès pour aller voir l'expo Doisneau à l'Hotel de Ville. J'avais une subite envie de Paris, de noir et blanc, de visages et de situations parigottes. Quelle ne fut pas ma déception de voir une immense file de gens s'enrouler et se dérouler quasiment tout autour du gros bâtiment.
Mais What the Fuck j'ai envie de dire ! C'est pas le vernissage, c'est tout le temps gratuit, on est lundi... Bref tant pis, ce sera pour un autre jour les 300 clichés parisiens. Je me suis donc mise à déambuler selon une technique bien particulière, celle du "je suis les monuments ou les trucs qui brillent"... Ça a pas loupé, je me suis retrouvé à rêvasser sur le parvis de Notre-Dame, me gelant le fessier sur un banc en béton glacé. Mais qu'est-ce que c'est vieux en fait... et c'est putain de beau ! en fait on a toute une succession de couches en dessous de nous, y'a tellement de choses qui se sont passées içi. C'est a des millénaires de nous j'ai l'impression... c'est à peine perceptible tout ce qu'on a effacés du très vieux Paris. Y'a des millions de vie qui se sont déroulées ici, des choses simples, des drames... En gros j'avais l'impression de palper du passé, c'était planant.
Je décidais de me rendre à St Germain des Près en un rapide coup de ligne 4. Envie de respirer du bourgeois bohême et de me frotter à l'air du temps de nos amis fortunés. Alors que j'étais pleine d'amour pour notre monde et tous les individus qu'il a porté, portent et portera un jour, j'assistais à une scène qui m'a coupé tous mes élans de philantropie et d'humanisme. Je descends du wagon avec un stupide sourire de fille débonnaire, lorsque je vois un type sortir du métro en cavalant comme un damné, immédiatement poursuivis par une foule de jap' en furie. Je comprends que le mec a volé à l'arrachée le sac d'un des touristes. Il se fait alors encerclé comme un animal et je m'attends à assister à un lynchage nippon en règle. Mais le type, il avait l'air tellement jeune ! il devait à peine avoir mon âge, il était tout nerveux, tout fébrile et il avait l'air tellment perdu... Franchement ça m'a fait tout froid dans le bide, surtout qu'il comprenait rien à ce que lui disaient les touristes. Ça m'a coupé les petites ailes d'angelots qui commençaient à me pousser dans le dos. Brutal retour à la normale, une grosse gifle de réalité tellement moche et tellement vraie dans ma gueule.
Je me suis donc remise à marcher sans but dans le VIIème, j'ai chouré un menu au Café de Flore histoire de finir de me miner en regardant les prix des consommations les plus basiques (6.5 un Nestea pêche, 6 euros un Coca, 4.5 un verre de lait froid...) Allez hop, on a servi une ou deux fois Boris (Vian) ou Jean Paul (Sartre) et on se permet une telle indécence au niveau des prix. J'avais carrément envie de demander au gens en terrasse, pourquoi il tenait absolument à se faire plumer comme ça, au lieu de se servir de leur fric à des fins plus constructives qu'un "sandwich club tout nu" (selon la carte : sans pain et sans mayo, pourquoi appelle-t'on ça un club alors ?).
Tout ça pour dire que, même si y'a des immondices partout, j'adore ces moments où le ciel est glacé. C'est la saison que je préfère avec tout son cortège de sensations nocturnes et de froidure. Je me me paye le luxe de dire ça, parce que je dors pas sur le trottoir le soir. Je peux me sentir toute laineuse et toute moelleuse dans mon manteau, et les gens ont quelque chose de plus modeste en hiver. C'est moins facile de s'exhiber par -10°. Et y'a Noël qui arrive, doucement. Et l'atmosphère de fêtes se fait sentir, doucement. C'est une saison douce et lente, l'hiver. Les rythmes se ralentissent, ça doit être pour ça que je m'y sens bien !
Voilà, j'ai exprimé mon amour pour l'hiver (qui n'est pas encore là, mais on dirait un peu quand même). Ça vous fait une belle jambe j'imagine. Tien en parlant de jambe, l'hiver je kiffe parce que, étant donné mon statut de célibataire, je peux rester en jachère niveau jambe ! Quand le froid est rude, j'apprécie un semblant de fourrure pour me tièdir le mollet. Amis du glamour, bonjour !
PS : les soirs de grand froid, vous allez manger un Flam's là... Ça gouleye les amis, ça gouleye bien même !
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